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#62 - Le syndrome de l'imposteur et les autres comme miroir de soi

#62 - Le syndrome de l'imposteur et les autres comme miroir de soi

Tiphaine Cailly

Par

Tiphaine Cailly

 

Bonjour à tous

Vous écoutez une vie de yogi, un podcast de Yogi Lab.

Je m’appelle Tiphaine et je suis professeure de yoga sur le site www.yogilab.fr.C’est un site de yoga en ligne sur lequel vous pouvez retrouver plus de 400 vidéos de yoga pour tous les niveaux, tous les styles, avec différents professeurs de yoga.

Aujourd’hui, je vous propose de parler de quelque chose d’important dans la philosophie du yoga : les autres. Pourtant le titre, c’est “le miroir de soi”, alors pourquoi allons nous parler des autres ? Vous pensiez qu’on allait parler de vous ? Vous avez raison, c’est ce que nous allons faire.

Pour vous donner un peu de contexte, récemment j’ai eu une conversation avec une yogini qui me parlait de difficultés relationnelles avec une amie qui l’avait critiquée très fortement, ce qui l’avait blessée. 

Ca nous arrive à tous d'être comparés, critiqués négativement, et j’imagine que vous avez déjà vécu cela, donc vous savez à quel point c’est désagréable.

Encore plus récemment j’ai eu l’occasion de mettre à l’épreuve cette approche, dans une expérience des plus désagréables. Alors, pour commencer cet épisode je voudrais vous raconter une histoire, celle de la création de mon centre de formation. Cela fait un moment que j’y songe, des années à vrai dire, mais j’avais pris la décision d’attendre au moins 9 ans d’enseignement avant de me lancer dans la formation pour enseignants. Une infirmière m’a contactée pour me demander si je pouvais la former, car elle souhaitait intégrer ces connaissances à l’exercice de sa profession. J’ai trouvé son projet superbe, j’ai été touchée par son projet et j’ai donc décidé qu’il était temps de se lancer. Sauf que, pour qu’elle ait le droit de se former, il fallait avoir la certification Qualiopi et un agrément ANFH.

J’aime les défis, vous le savez. Je me suis donc lancée dans cette aventure, j’ai créé un organisme de formation, et pour bien faire les choses, une avocate m’a suivie pendant 6 mois dans la création de tous les documents en lien avec la certification Qualiopi. C’est une usine à gaz. Elle m’a expliqué que la démarche d’obtenir le numéro d’enregistrement en tant que centre de formation n’est qu’une petite formalité, mais que c’est la certification Qualiopi qui sera très très difficile, car ils sont exigeants, et à juste titre selon moi, nous parlons de l’emploi de fonds publics, il ne faut pas faire n’importe quoi. 

.J’ai déposé un premier dossier auprès de la préfecture, la partie soit disant facile, pour obtenir mon numéro. Au bout de plus d’un mois, je reçois un courrier m’indiquant un refus, avec quelques critiques de forme sur la convention de formation, et énormément de critiques sur le fond de la formation, sous entendant que moi, petite prof de yoga, qui suis-je pour vouloir former une infirmière ? Allez hop, prends ça. 

Je peux vous dire que quand ça vous arrive en pleine face, ça fait quelque chose. Les pensées immédiates ont été : mince, je suis un imposteur, je suis une fraude totale, il a raison j’en suis incapable, c’est ridicule. Sauf que le rôle de la préfecture avant tout c’est d’évaluer la légalité de la convention de formation et non le “fond”. Bon, on refait un dossier avec l’avocate qui me propose de former quelqu’un sur une journée, de faire un projet plus “modeste”. 

Je me mets donc à créer une formation à nouveau, et je peaufine ma convention de formation. Je vais la faire courte les yogis. J’ai essuyé 6 refus de la préfecture au total, j’ai déposé 6 dossiers qui ont été refusés, avec toujours des sous entendus sur la qualité de mes prestations. L’avocate était aussi outrée que moi. Il y avait quelque chose de vraiment pas clair dans cet acharnement, et pour couronner le tout ils m’ont menée en bateau pendant plusieurs mois à me dire des choses au téléphone puis le contraire par courrier. Je crois que c’est la première fois dans ma vie, que je me suis sentie si insultée, si humiliée, et remise en question. Ce projet, dans lequel j’avais mis tout mon coeur, se voyait piétiné par une administration contre laquelle je n’avais qu’une envie : engager un recours pour abus de pouvoir. 

Mais il fallait avancer. Je ne pouvais pas baisser les bras, parce que cette infirmière m’avait fait confiance et il fallait que j’honore ma parole. Alors, j’ai tout fait. Même si je n’y croyais plus, j’ai quand même demandé à un auditeur Qualiopi de venir faire l’audit, c’est payant et très couteux, l’avocate m’avait prévenue que ça pouvait être très long et gourmand en énergie car il faut être très concentré, prêt à donner tous les éléments de preuve nécessaires pour appuyer notre dossier. Bref, je m’étais préparée à aller à l’exécution publique de ma dignité. Mais il fallait avancer. Au final, l’audit a duré 3 heures, l’auditeur m’a dit qu’il n’avait rencontré dans sa carrière qu’un seul autre organisme aussi bien préparé, il m’a dit qu’il n’avait aucune réserve à me donner la certification et m’a félicitée. Incroyable non ?

La préfecture, elle, continuant dans son délire de refus. 

C’est finalement quand l’individu preneur de décision a quitté son poste (je l’ai appris au téléphone parce que bon, en 12 mois de dépots de dossier j’ai eu le temps d’apprendre 2 ou 3 ruses), que mon dossier a été accepté, alors que je déposais exactement la même convention, exactement le même projet. 

Maintenant ça y est le yogis, la formation avec les infirmières commence dans 1 semaine, on a déjà organisé une formation “atelier du toucher” avec Pawel pour les ajustements manuels dans les cours de yoga, et c’était une superbe victoire. 

Je voudrais faire un petit aparté sur le syndrôme de l’imposteur. Souvent, sur les réseaux j’en entends parler comme quelque chose qu’il faut éviter. C’est dommage. Je trouve que le syndrome de l’imposteur est un indicateur fantastique qui montre qu’on avance, qu’on progresse, qu’on sort de notre zone de confort. En outre, qui nous met face à ce syndrome ? C’est l’égo, qui a peur d’échouer, qui a peur de l’humiliation, qui a peur d’être “découvert” en public. Je préfère le laisser parler, c’est une opportunité qu’il nous offre de grandir, en le mettant de côté et en agissant malgré tout. 

Il y a des choses dans lesquelles nous ne nous lancerons pas, soit parce que l’égo prend trop de place, soit parce que ce n’est pas un projet assez important. Ce centre de formation, pour ma part, je l’ai créé avec le coeur et la passion qui m’ont aussi animée quand j’ai créé Yogi Lab, avec cette mission de partager le yoga, cette fois, à l’échelle des enseignants ou futurs enseignants qui veulent apprendre ce métier magnifique, mais de façon sérieuse, avec un objectif simple et clair : l’excellence dans leur enseignement. Rien de moins. J’y crois, et je sais que c’est cette foi et le coeur qui m’ont poussée malgré les échecs. Le syndrome de l’imposteur n’était qu’un petit courant d’air face à la solidité de ma volonté et de ma foi dans la projet. Alors, chaque fois que vous le ressentez, mettez le en face de votre foi, de votre discipline dans les projets que vous créez, en face de votre passion et de votre coeur, et voyez qui gagne. Si c’est le syndrome de l’imposteur, alors c’est une bonne nouvelle : vous avez la réponse à votre interrogation, vous n’êtes pas encore prêts à vous lancer. 

J’aimerais à présent aller plus loin avec vous sur la critique faite par les autres et sur ce qu’elle nous apprend sur nous mêmes.

Vous avez certainement déjà reçu des critiques négatives, et vous en avez aussi certainement déjà faites à d’autres, même si vous auriez aimé ne pas le faire. Ça m'est arrivé un grand nombre de fois. Nous sommes des êtres humains rappelons-le ! Pour aller plus loin dans notre réflexion du jour, je vous propose que nous prenions deux perspectives différentes. 

L’une sera du point de vue de celui qui critique. L’autre sera du point de vue de celui qui est critiqué.

Ce que j’aimerais aborder avec vous aujourd’hui, c’est cette idée que : 

1 - Les autres sont notre miroir : si nous n’aimons pas quelque chose chez eux, c’est parce qu’ils nous renvoient ce que nous n’aimons pas chez nous, ou que nous ne nous autorisons pas ce qu’ils s’autorisent. Je vous donnerai des exemples.

2 - Nous ne sommes pas les victimes des critiques des autres. C’est une tendance que nous pouvons facilement avoir, de nous victimiser, ce qui est une façon de rejeter la faute sur une cause extérieure plutôt que la rechercher à l’intérieur de soi. Les critiques des autres viennent renforcer nos insécurités, nous recherchons inconsciemment des confirmations à nos biais cognitifs.

Les autres sont notre miroir

Lorsque nous n’aimons pas quelque chose chez une personne, c’est souvent parce que cette personne nous renvoie une image de nous que nous n’aimons pas. Par exemple, peut-être que vous n’aimez pas les personnes qui sont sans gêne. Ces personnes, de par leur comportement, vous évoquent quelque chose que vous ne pouvez pas vous autoriser, parce que vous avez été éduqué différemment. Vous vous interdisez certains comportements que peut-être, vous aimeriez adopter. Alors attention je ne suis pas en train de vous dire que vous aimeriez vous comporter sans gêne. Si ce n’est pas un comportement que l’on aimerait adopter, c’est souvent un comportement que l’on s’est interdit, ou qui nous a été interdit. Parfois, cette interdiction est tellement ancrée en nous, que nous ne nous rendons pas compte, consciemment, de ce refus que l’on s’oppose à soi-même. 

L’autre, lorsqu’il nous insupporte ou lorsqu’il nous critique, n’est pas un obstacle ou un problème dans notre vie. Il est l’opportunité de se remettre en question et aussi de prendre conscience de certains automatismes chez nous. Même si au final vous conservez votre attitude, pour reprendre notre exemple de sans gêne, en vous comportant comme vous avez été éduquée. Par exemple pour moi, c’est que si je suis invitée, à table je ne me servirai pas seule. Et si quelqu’un d’autre le fait, il a juste une vision différente de nous, dans notre prisme il est sans gêne, dans sa vision il est “à l’aise”. Et d’ailleur c’est drôle parce que c’est quelque chose que je ne m’autorise pas, mais si j’invite quelqu’un, au contraire je suis très ocntente qu’il se serve de ce qu’il y a à table.

Lorsque nous ne sommes pas conscients de nos refus de soi, nous voyons un problème chez les autres. Cette personne sans gêne s’autorise manifestement quelque chose que vous vous refusez. 

Je vous entends … “Oui, mais c’est important d’avoir un minimum d’éducation ! Ça s'appelle le respect”... 

La notion de respect, nous la construisons à partir de notre propre prisme, de nos valeurs, principes, qui découlent de notre éducation et de notre expérience de vie. Pour ma part, je trouvais sans gêne les personnes qui pouvaient ouvrir le frigo chez quelqu’un d’autre, se servir dans les placards… Je n’ai pas été éduquée comme cela et il m’était difficile de concevoir que des personnes puissent se comporter ainsi.

Et encore une fois on est tenté de se dire : il faut bien mettre des limites, ce comportement n’est pas raisonnable et va contre les conventions sociales de notre culture. Je suis tout à fait d’accord, mais cette attitude de l’autre réveille-t-elle en nous des émotions négatives ? Si oui, à quoi nous servent-elles au final ? A nous protéger certainement puisque la moindre émotion négative vient d’une intention positive. Mais au final elle nous fait souffrir. Et si nous souffrons de l’attitude des autres alors il y a un problème. Cette attitude qui va à l’encontre de la convention sociale telle que nous l’avons construite, peut tout simplement être perçue comme : cette personne n’a pas les mêmes conventions sociales que moi. A moi de décider ensuite si j’accepte ou si je rejette cette personne ne l’invitant moins souvent par exemple. Mais on enlève tout ce prisme de la colère, rancoeur, jugement. Et croyez moi, en faisant ainsi, on se rend un immense service.

Bref, amusez-vous avec cet exercice. Quand quelqu’un vous dérange, quand une personne suscite en vous des émotions négatives :  

Prenez en conscience

Posez vous la question : quelle valeur ça dérange  ?

Rassurez cette partie qui se sent agressée

Mettez vous à la place de la personne même si ce ne sont que des suppositions et que vous avez des chances d’être à côté de la plaque, l’idée c’est de travailler au final sur soi par sur l’autre

2- Les critiques des autres

Passons à un autre sujet à présent, la critique que les autres peuvent faire à notre égard. C’est un sujet sensible ! Qui aime se faire critiquer ?

La critique que les autres nous adressent en dit beaucoup plus sur eux et leurs prismes, leurs valeurs, leurs principes, que sur nous, la personne qui est critiquée. Ceci dit, la critique est aussi je pense une opportunité pour mieux se connaître soi. 

Comment réagissez-vous face à la critique ? 

Vous vous énervez ? Vous vous défendez ? Vous contre-attaquez ? J’imagine qu’une partie de vous a envie de me dire : non mais attends Tiphaine, c’est bien normal que je ne me laisse pas faire !

C’est tout à fait normal de vouloir faire respecter nos valeurs, nos principes et notre personne tout simplement. Seulement, quand on se défend/quand on attaque, c’est parce qu’on se met en mode survie. Notre système nerveux sympathique est activé. Ce dernier ne prend pas le temps de réfléchir, ou d’analyser en profondeur la situation. 

Ainsi nous ne pouvons pas nous poser des questions qui, pourtant, pourraient bien être essentielle. Je vous propose d’imaginer avec moi une scénario pour s’entraîner. 

Imaginez que votre boss, ou votre salarié si c’est vous qui dirigez votre entreprise, vous dit que vous êtes éparpillé, que la communication n’est pas optimale et que vous n’êtes pas assez disponible. 

Vous allez avoir envie de vous défendre. Mais nous sommes en entraînement commando du système nerveux les yogis, donc on va se détendre un peu, on va expirer tout l’air de nos poumons et observer la situation. 

On nous a fait une remarque. Est-ce que cette personne a raison ? Est-ce qu’elle a tort ? Est-ce que c’est un peu des deux ?

Au lieu d’être la victime d’une critique, piquée parce que la critique réveille nos insécurités, prenons la place de celui ou celle qui est sûr.e de lui ou d’elle. Je suis sûre de moi, j’ai confiance dans ce que je fais et j’ai confiance dans ma capacité à m’adapter selon les situations. Si on me critique, je suis capable d’y faire face et d’y répondre de façon appropriée, non pas dans une réaction, mais en action. 

Nous sommes sûrs de nous alors posons nous la question : cette personne a raison ou non ?

Oui, alors disons-lui que nous comprenons sa remarque, que nous pouvons proposer telle et telle solution. 

Elle n’a pas raison : nous comprenons, il faut que cette personne se rende sur tel et tel canal de communication pour vous suivre (par exemple). 

Elle a raison et tort en même temps ? On mixe les deux. 

Quand on est dans la sécurité, quand on a confiance en soi et que l’on a une estime de soi, aucune critique ne peut nous nuire, et nous destabiliser. Avec la confiance en soi vient aussi l’idée qu’on a le droit de se planter, le principal est de savoir faire marche arrière, corriger la direction que l’on prend, ou répondre avec bienveillance et écoute. 

Pour récapituler, le système nerveux parasympathique, côté détente, s’active quand nous sommes prêts à écouter et entendre ce qui nous est dit. 

Le système nerveux sympathique (il ne l’est pas tant que ça !) s’active quand nous nous sentons menacés. Alors nous ne sommes ni dans l’écoute, ni dans l’échange. Nous nous défendons ou contre-attaquons.

Même si finalement une critique qui nous est émise en dit davantage sur la personne qui émet la critique que sur soi, il convient, je pense, d’en tenir compte parce que les autres sont toujours une opportunité d’évoluer, d’avancer et de grandir. 

C’est tout pour aujourd’hui les yogis. J’espère que je ne vous ai pas trop froissés avec cette idée que nous sommes aptes à recevoir la critique et à la prendre en compte. 

Dites moi ce que vous en pensez. Je vous remercie pour votre écoute, et je vous dis à très bientôt, pour un autre épisode !

Si cet épisode vous a plu, si le podcast vous plaît, une petite action de votre part qui fait un gros bien pour nous, c’est de nous laisser 5 étoiles sur votre plateforme d’écoute, et pourquoi pas un petit mot. Merci les yogis, ça peut paraître anodin mais c’est chaque note, chaque mot, qui compte.