Par
Tiphaine Cailly
Script
Bonjour à tous, vous écoutez une vie de yogi, un podcast de Yogi Lab. Je m’appelle Tiphaine et je suis professeure de yoga sur le site Yogi Lab.fr, ainsi que dans le studio Yogi Lab à Orléans. Si vous êtes de passage, venez nous faire un coucou.
Si vous êtes trop loin, nous avons tout ce qu’il vous faut sur Yogi Lab, où vous trouverez + de 500 cours de yoga pour tous les niveaux, sur des thèmes variés et des durées qui s’adaptent à votre quotidien.
Tous les cours du studio orléannais sont transmis en direct, et ça, c’est offert à tous les abonnés au site.
Sans plus tarder, commençons notre épisode du jour avec ce témoignage. Suite à un petit sondage sur instagram, vous avez été une majorité à voter pour ce thème. J’aime ce format un peu plus personnel, qui vous permet de vous retrouver dans certains confidences. Les témoignages, ça décomplexe, ça nous montre que l’on n’est pas seuls dans nos expériences, parce que le chemin de l’évolution spirituelle est fait de petits et grands changements qui sont parfois difficiles à partager. Soit parce qu’ils sont trop personnels, soit parce qu’il est difficile d’expliquer ce que l’on a vécu.
Mes débuts
J’ai découvert le yoga il y a des années, et ce fut une découverte “accidentelle”.
J’étais inscrite dans une grande salle de sport à Londres, et je me rendais au cours auquel j’étais inscrite, un cours de renforcement musculaire. Je me suis installée comme à mon habitude, bien au fond de la pièce. Tout le monde avait un tapis alors j’ai fait pareil, en me disant, tiens aujourd’hui on va faire les abdos.
Puis le cours a commencé, comme j’étais bien à l’opposé de la porte de sortie, je n’ai pas osé partir. J’ai fait tout le cours, et ce fut une révélation.
J’avais des a priori sur le yoga, je pensais que c’était pour les personnes âgées qui ne pouvaient plus trop bouger et se rabattaient sur une activité plus douce. J’ai tellement transpiré pendant ce cours, j’ai ressenti tellement de sensations, ces paroles du prof pendant que j’étais en difficulté, ces moments de relâchement… une fois en savasana, des larmes chaudes coulaient le long de mes joues sans que je ne comprenne pourquoi. C’est comme si au plus profond de moi, un message me parvenait : tu as trouvé ta place, c’est pour toi, c’est là que tu es sensée être.
Moi qui étais très terre à terre, la nana qui se fonde sur des documents écrits et qui voit la vie par le prime bien pas bien, légal pas légal, zone grise etc… Ce fut une transformation, j’étais épatée de vivre cette expérience qui ne me ressemblait pas.
J’ai ensuite continué la pratique du yoga, je suis revenue à moi et ce qui me motivait au départ, c’était purement l’aspect physique et les performances nouvelles que je pouvais réaliser, les nouveaux objectifs comme vaincre ma peur des inversions. Découvrir les équilibres sur les mains alors que je n’avais aucune expérience ‘sportive’ dans le sens où tout ce qui touchait à la gymnastique ne m’avait jamais attiré. J’avais beaucoup trop peur et je n’étais pas très ‘douée’, dans le sens où je n’avais jamais excellé dans les sports.
Soudain, cette pratique physique me devenait accessible, j’avais trouvé quelque chose que je pouvais faire, dans lequel je pouvais progresser.
Je pense que c’est cette prise de conscience et cette expérience qui fait qu’aujourd’hui vous êtes si nombreux à me dire que c’est avec moi que vous avez commencé, et que vous pratiquez depuis longtemps sur Yogi Lab. C’est parce que je ne suis pas une ancienne gymnaste ou athlète. Je sais d’où vous venez, parce que j’ai parcouru le même chemin que vous. Je sais vous guider puisque je sais où il faut aller, quel état d’esprit adopter.
Le yoga a des vertus psychologiques indéniables, mais aussi des bienfaits physiques, et c’est généralement la porte d’entrée pour ensuite s’apercevoir que cette pratique nous apporte bien plus. En tout cas, la performance physique a été mon motivateur, et je sais que c’est celui de la majorité d’entre nous. Ensuite vient un aspect beaucoup plus spirituel.
Mes formations
J’ai rencontré mon mentor dans une salle de sport, à Wapping, un quartier de Londres. J’allais à ses cours, tous les lundis, vendredis et samedis. Elle avait un cours bien rempli nous étions souvent entre 30 et 40. Elle ne me remarquait pas plus que ça, et je vous avoue que ça me plaisait bien car je n’allais pas aux cours pour papoter ou socialiser, mais pour pratiquer et partir.
Un jour, elle a commencé à me parler à la fin des cours. Nous avons sympathisé jusqu’à ce qu’elle m’explique qu’elle ouvre son centre de formation et qu’elle aimerait me former pour que je la remplace de temps en temps. Elle m’a offert sa formation et son mentoring en échange de cet engagement de ma part. Elle se voyait vieillissante et pensait ne plus pouvoir dispenser ses cours aussi efficacement qu’avant. Pourtant, je peux vous dire que malgré son âge, elle était impressionnante.
J’ai fait la formation avec elle, on se donnait régulièrement rdv, parfois à la salle pour qu’elle m’apprenne des ajustements manuels, parfois au parc à côté de chez moi. On s’asseyait sur un banc, on contemplait la vue sur tower bridge et on papotait. Elle me racontait sa propre expérience à elle qui avait trouvé son mentor à l’âge de 17 ans pour enseigner le yoga, elle a commencé très jeune parce qu’elle avait des problèmes de santé. Elle avait selon elle pu guérir grâce à sa pratique du yoga.
J’ai donc commencé à m’intéresser de plus en plus à la philosophie, je prenais conscience que je changeais, que je ne voyais plus les choses de la même manière et je sortais un peu de mes conditionnements. Ce que je percevais comme une réussite professionnelle me paraissait soudain comme un échec personnel. Je n’aimais pas mon travail. Je le faisais parce qu’être juriste à Londres, dans un cabinet d’avocats américain, c’était socialement ‘bien’, et parce qu’il fallait bien gagner sa vie pour s’en sortir, parce que la réussite professionnelle et personnelle venait aussi du prestige de nos études.
Ce sont des choses qui me sont rentrées dans la tête depuis mon enfance et je n’ai pas envie de vous dire que ce sont des bêtises, parce que c’est ce qui m’a forgée. Je pense que c’est aussi grâce à cette stabilité financière que j’ai pu me lancer tranquillement dans le yoga. Est-ce que, si j’avais refusé de faire des études, j’aurais pu me donner à la pratique comme je l’ai fait, ou au contraire est-ce que je n’aurais pas été trop préoccupée par la survie d’abord ?
Ce sont des interrogations, je n’ai pas la réponse mais je ne regrette absolument rien, si je devais refaire mon parcours, je ferais exactement pareil. Souvent, je vous entends dire : je regrette telle ou telle décision. Mais c’est cette décision qui vous a amenés là où vous êtes maintenant, et c’est bien. Chaque choix, chaque erreur a son sens si vous regardez où vous êtes aujourd’hui. Ça fonctionne aussi pour les relations amoureuses, pour les boulots…
En parallèle à tout cela, je partageais sur instagram ma pratique du yoga, mes découvertes, mes doutes et vous étiez de plus en plus nombreux à me demander si je pouvais venir vous donner cours, si je pouvais partager des astuces. C’était à une époque où on ne parlait pas de yoga, ce n’était pas la mode comme c’est aujourd’hui sur les réseaux. Je vous ai donc filmé 2 cours de yoga que j’ai mis à votre disposition et les retours ont été dingues ! Pourtant j’avais filmé dans ma salle de sport, décor pas joli, lumière jaune.. rien n’allait mais le cours vous avait plu.
Je suis rentrée en France pour commencer à créer Yogi Lab avec une campagne de financement participatif. J’ai filmé mes premiers cours dans la salle à manger de mes parents parce que le décor et le parquet étaient parfaits pour mes films.
J’ai l’impression d’avoir été complètement guidée, comme si j’étais sur un nuage qui m’emmenait. Je pense que c’est parce que quand on trouve notre voie, c’est fluide. Attention ça ne veut pas dire que les difficultés ne peuvent pas arriver. Mais en l’occurence, ce fut très fluide, je pratiquais tous les jours, j’avais une conscience de moi même assez grande, je progressais sur le plan physique et mental.
J’ai ensuite fait un petit come back to London, je suis retournée à Londres pour 1 mois ½ pour une nouvelle formation intensive. Là-bas j’ai vécu de sacrées expériences, notamment lors d’une session de méditation. Après 2h de pratique de vinyasa, et une heure d’exercices de respiration et de méditation, je me suis sentie porter par quelque chose, ma colonne ondulait comme une vague portée par quelque chose, j’étais dans une zone que je n’avais encore jamais découverte et c’est là que le yoga a pris une autre dimension pour moi.
Après cette expérience j’ai mis du temps à revenir à moi et je n’ai jamais vraiment réussi à comprendre ce qui m’était arrivé. Je gardais ces sensations en moi comme un souvenir incroyable, et sur la route du retour j’ai appelé ma soeur pour lui raconter cette historie de folie. Pour lui dire : ils ne sont peut être pas si perchés que ça les yogis, il se passent des choses ! Mais je me suis heurtée à un mur : impossible de trouver les mots pour décrire, pour faire comprendre ce que javais vécu. Aucune phrase descriptive, aucun mot ne pouvait expliquer ce que j’avais vécu.
Ce fut très perturbant, il y avait cette réalité, mais elle était indicible. Mais alors était-elle réelle ?
J’en ai parlé à la prof, elle m’a proposé l’idée que c’était peut être un réveil de la kundalini, à moi d’en décider. Dans ce cas, et si cette énergie était vraiment capable de se réveiller ainsi en moi, qu’allais-je en faire ? La question peut paraître bête mais, c’est vrai, quelle direction lui donner ?
Rien de pire qu’une énergie mal utilisée. Si elle est réveillée mais pas dirigée, on s’épuise. J’ai été totalement submergée par cette idée et j’ai mis beaucoup de temps à répondre à cette question qui me laissait perplexe.
Finalement, c’est un bon rappel que l’on peut se donner au quotidien : vers quelle direction j’emploie mon énergie ? Pour me plaindre ? pour avoir pitié de moi ? ou pour aller vers le mieux ? pour changer dans la bonne direction ?
Encore aujourd’hui, même si après tant d’années le souvenir reste vague, je me souviens bien de cette expérience méditative, et je sais que je peux revenir à cet état par le biais d’un protocole bien établi, même si les sensations sont souvent moins fortes.
Et c’est aussi cela que j’aime tant partager avec vous sur Yogi Lab. Au fil des cours je vous donne des petits outils, ici et là, parsemés, pour que vous puissiez créer votre propre expérience. Il n’y a pas UN cours pour vous guider vers l’éveil kundalini tout simplement parce que ce n’est pas en un cours qu’on y parvient. C’est avec la régularité et avec la rigueur.
Qu’est-ce qu’on peut tirer de ces expériences ? J’ai l’impression que l’enseignement le plus important, les yogis, c’est que quand vous oeuvrez pour améliorer votre énergie vitale, et c’est bien un des effets du yoga, vous vous devez à vous mêmes de savoir où la diriger. C’est pour cela que la prise de conscience de nos biais est essentielle. Sinon, on alimente l’égo, par exemple, avec des phrases toutes faites “tu ne peux pas faire ça, tu n’es pas assez bien, tu n’y arriveras pas, de toute façon ça n’arrive qu’aux autres, pas à toi…”.
Accident, fausse couche, ayahuasca
Ma pratique physique avait atteint un niveau qui m’impressionnait. Yogi Lab surfait sur une jolie vague, tout roulait. J’avais eu une belle opportunité de transformer l’équipe Yogi Lab qui était dysfonctionnelle à cause d’erreurs que j’ai commises dans les choix de la gestion de mon entreprise. J’avais tout corrigé, bille en tête, concentrée sur mes objectifs.
Ma pratique du yoga s’est alors tournée vers quelque chose de beaucoup plus introspectif et doux. J’avais envie de me défouler, j’avais envie que ça bouge, mais c’est souvent dans ces cas là que le corps a besoin de calme et d’immobilité. Je me suis mise au Yin yoga et au yoga nidra à fond. Ce fut très difficile et je sais que vous vivez la même chose. Combien de fois on m’a dit : c’est pas pour moi ça ne bouge pas assez. Oui.. mais justement, est-ce que ce n’est pas ce dont tu aurais besoin pour canaliser ton énergie qui déborde ?
Parfois, je vous l’accorde, ça fait du bien de se défouler, mais souvent, cette énergie a besoin d’être canalisée, encore une fois pour lui donner une direction.
Et quelle direction j’ai prise… celle du fossé ! J’ai eu un bel accident de voiture, je venais juste de m’acheter une mini d’occasion et hop, 3 tonneaux dans le champs, voiture détruite. Et moi ? Juste des morceaux de verre et de terre dans la bouche, un peu secouée. Le témoin a appelé les pompiers. J’étais debout, en talons, dans le champs qui venait d’être labouré. Le témoin n’en revenait pas. Il regardait les traces sur la route.
“Vous alliez droit dans les arbres, vous avez fait comment pour changer de direction ? Il y a quelques jours, un poteau était sur votre trajectoire, ils l’ont retiré pour le chantier, vous avez eu beaucoup de chance, le champs a été labouré ce matin, la terre était meuble, vous avez eu de la chance”.
Vous avez eu de la chance… je n’irais pas jusque là mon bon monsieur. Ma voiture n’a plus de roues, elles sont détachées, les fenêtres sont brisées, le toit écrasé. Elle est en épave. Mais moi, je m’en suis sortie plutôt bien il faut le dire. Entorse cervicale. Et dans la bataille, j’ai perdu mes airpods, qui se sont certainement retrouvés dans les débris de verre. Pendant les tonneaux, je ne sais pas où j’étais. Mon corps était balancé dans tous les sens, ma gourde était venue me donner un coup quelque part, la terre se mélangeait aux bris de glace, le bruits du métal après les pneus qui ont fait du bruit sur la route… tout était mélangé mais j’étais bien là debout. Les pompiers m’ont demandé ce que je faisais dans la vie. Du yoga. Voilà pourquoi mon corps avait supporté tout ça, car vu l’état de ma voiture, je n’aurais pas du m’en sortir si bien.
Enfin, cette expérience m’a appris que le yoga c’est bien pour le mental et c’est utile quand il s’agit de survivre aux épreuves qui sont beaucoup plus difficiles.
Peu de temps après, fausse couche. La perte fut extrêmement difficile, un choc, un décès avant une vie, ça fait quelque chose de particulier. Pourtant, si je ne l’avais pas vécu j’aurais pensé que ce n’est pas grand chose finalement, parce que ce n’était même pas encore un bébé, un être vraiment conscient. On entre dans des considérations beaucoup trop philosophiques, donc on va en sortir tout de suite. Finalement, une fausse couche , ça fait quelque chose. Et après cela, la prise du médicament visant à “expulser” … Le gynéco qui me dit : prenez un doliprane avec ce médicament quand vous rentrez chez vous.
Moi qui ne prends jamais de doliprane, hors de question. Hum… mais en fait je peux vous dire que j’ai vite envoyé mon copain chercher quelque chose. J’ai eu des contractions. Comme quand on accouche. Mais là c’était pour la mort. On ne vit pas de la même manière les contractions pour la vie et pour la mort.
Tout ce que j’avais appris sur la gestion du stress et de la douleur s’est évaporé, les yogis. Il n’y avait plus rien de tout ça, juste moi, allongée sur le sol, me tordant de douleur et hurlant. Pas de pranayama, pas de méditation. La douleur, autant physique que psychologique. Il y a des épreuves dans lesquelles on n’arrivera pas à se servir de ce que l’on a appris parce que le corps se met en mode survie, la tête aussi. Dans ce cas, il ne reste plus grand chose. Et c’est ok. Ce n’est pas le fait de perdre pied, c’est le fait de revenir qui compte. C’est ce que j’ai fait.
Hypnose pour le deuil, suivie de beaucoup de méditations, de yoga nidra et de travail sur l’acceptation. encore une fois, je pense que les épreuves que nous vivons nous emmènent là où nous sommes. Visiblement il fallait que je vive ces expériences.
Nous sommes partis au Pérou avec Pawel, pour une retraite chamanique de 8 jours. Si ça vous intéresse je vous préparerai un épisode sur cette histoire, c’était une belle expérience qui m’a permis de travailler sur toutes ces blessures. L’ayahuasca est une médecine traditionnelle chamanique, une plante, une racine plus précisément, préparée selon un rituel bien précis, qui nous est donnée par le chamane lors d’une cérémonie, ou de plusieurs cérémonies ça dépend. Pour moi ce fut l’occasion de pratique encore plus de méditation. Et petit à petit, je me suis moins dirigée vers la pratique physique aussi assidument qu’avant.
Mes difficultés pendant la période maternité et post-partum
Tout ce que je vous raconte se déroule sur plusieurs années. Donc environ 8 ans se sont écoulés, je résumé grandement parce que sinon vous allez vous dire : elle a carrément écrit une autobiographie là.
Passons au chapitre où je n’ai plus du tout pratiqué comme avant. D’abord il y a eu ma grossesse, pendant laquelle j’ai très vite senti que je ne parvenais plus à faire les postures comme avant. On en voit sur instagram qui pratiquent comme si de rien était malgré la grossesse. Pourquoi pas… Dans mon expérience, mon corps avait tellement changé qu’il lui fallait des aménagements.
J’ai donc appris le yoga pré et post natal. Ma pratique habituelle m’a beaucoup manqué et bien entendu, une fois de plus, j’ai appris a accepter et surtout, j’ai shifté mon point d’attention. C’est ce que je vous disais au début de l’épisode. Où amenez-vous votre énergie ? Est-ce que je regarde le “négatif” : je ne peux plus pratiquer comme avant, ou le positif : il y a un petit être humain qui grandit dans mon ventre. Mon corps est en train de passer une vie à une petite fille. Incroyable quand on y pense.
Donc, du yoga, différemment, pour le bien de mon corps. Ce ne fut pas le travail d’acceptation le plus difficile qui soit.
Ensuite, l’accouchement, 32h de contractions, beaucoup de pranayama, de visualisation, de méditation pendant ces 32h afin de tenir le coup. Beaucoup de marche aussi, et un bain bien chaud.
Et là aussi il y a eu un moment où tout ce que j’avais appris à mettre en place s’est évaporé. J’ai eu une phase de désespoir, quand après 6h dans la salle de naissance, épuisée après 2 nuits blanches et ces contractions qui n’en finissaient pas, j’ai demandé à la sage femme les solutions pour apaiser la douleur. A part la péridurale, rien. J’étais totalement désespérée, désolée pour moi, dans un cercle négatif où j’en venais à me dire que j’allais mourir. Il a fallu recourir à une hypnose puissance 1000, Pawel mon copain est intervenu, m’a hypnotisée pour que je me repose pendant que mon inconscient continuait le travail. Il parait que j’ai hurlé, poussé alors qu’il ne fallait pas, mais au final ça a fait descendre le bébé et ça a bien aidé.
Moi pendant ce temps ? Hé bien écoutez, j’étais au top, j’avais des chants de moines bouddhistes magnifiques dans les oreilles, j’aurais pu rester là des heures et des heures. Mais ils ont demandé à Pawel de me faire revenir parce qu’il fallait que je me reprenne. Alors hop, de retour dans la salle, retour à la réalité.
Je m’en suis voulue après cette expérience. J’avais pris la facilité: partir plutôt que rester consciente et présente pendant toute la durée. Mais bien sûr, il a fallu changer cette culpabilité en gratitude. Sur les 32h je suis partie 30 minutes me reposer, heureusement que nous avions cet outil merveilleux sous la main pour me laisser souffler avant le grand moment.
Encore une fois cette expérience m’a montré que les outils du yoga nous permettent de tenir la distance dans la difficulté, mais que parfois, le lâcher prise est difficile. J’ai pu tester mes limites, et j’ai pu constater que l’on peut vraiment entrer à fond dans la pratique puis en ressortir, mais ça ne veut pas dire que tout est perdu. Encore une fois, le principal c’est de savoir y revenir, et d’apprendre à relativiser sur ce que l’on pourrait regretter. Choisir la facilité, comme j’ai pu le faire en allant me réfugier dans l’hypnose n’était pas un échec mais un choix humble, réaliste et raisonnable, qui a montré que je me connaissais, que je connaissais mes limites et que je savais dire stop.
J’ai pratiqué le yoga ici et là, parce que pour moi devenir mère a été un tsunami et j’ai perdu pieds. Ça a été très difficile au début. Mais c’est revenu, petit à petit. J’ai pratiqué lentement avec du yoga prénatal d’abord, et j’ai pris mon temps. J’avais l’impression de traiter avec un corps totalement différent et de repartir de zéro. Pour tout vous dire, ça n’a pas été simple. Encore un gros travail d’acceptation à faire, après tant d’années de pratique régulière, j’avais presque un sentiment d’injustice, comme si mon corps m’avait trahie.
Pour autant, j’ai continué, j’ai persisté et aujourd’hui, les yogis, c’est incroyable, mais c’est mieux. Je sais aller plus lentement, je sais aller plus vite, parfois moins loin, parfois plus loin. Je m’écoute beaucoup plus qu’avant et je savoure ce que je prenais avant pour acquis après tant d’années.
Le retour à la normale et le besoin de nouvelles découvertes
A présent, je pratique non plus par automatisme, mais avec une pleine conscience de l’opportunité que me donne mon corps. Ma pratique n’est pas un acquis ni une chose à faire point final. C’est une opportunité.
Je sais que beaucoup de yogis ici pratiquent le yoga vinyasa parce que ça bouge, et vous aimez quand c’est difficile. Vous me le dites, et je me retrouve vraiment dans vos expériences, parce que je suis passée par là. Il m’a été difficile de ralentir le rythme, et vous me direz : mais pourquoi tu as fait ça ? Pourquoi tu ne t’es pas écoutée en faisant ce qui te faisait envie ?
En fait, je me suis posée la question : pourquoi il faut que ça bouge ? Pourquoi je ne peux pas rester immobile trop longtemps dans une posture ? Qu’est-ce qui est si difficile dans cet exercice ?
Les émotions montent très facilement quand on est immobile, on se retrouve face à soi, dans l’inconfort de certaines postures. Et si elles sont confortables c’est souvent pareil, au bout d’un moment on s’ennuie.
Je pense qu’il y a un bon équilibre à trouver entre s’écouter, et sortir de sa zone de confort pour avancer. Même si vous n’allez pas jusqu’à sortir de la zone de confort, peut être qu’il peut être bon de remettre en question vos habitudes et vous demander pourquoi vous avez telle ou telle préférence. Il est dans notre nature d’aller vers la facilité. Je trouve qu’il est bon de se questionner sur ces automatismes, pour mieux se connaître et pour trouver davantage de paix dans les expériences même difficiles. Encore une fois, je pense que vous l’aurez compris avec cet épisode, je pense qu’il est normal de perdre pied, de s’éloigner du chemin que l’on s’était tracé. Le principal est d’y revenir et d’être bienveillant avec soi-même.

